Présentation : Dungeon Elf
Mais qui pose donc les coffres dans les donjons ?

Synopsis
Qui donc dépose ces coffres dans les donjons ?
Même les passionnés les plus aguerris de RPG n’ont jamais su y répondre. On en découvre aussi bien dans les herbes hautes des forêts où commence l’aventure que dans des lieux périlleux où les héros avancent en redoutant le pire… et parfois même au cœur d’une modeste demeure. Les coffres semblent toujours apparaître au bon moment, soutenant discrètement les aventuriers et veillant à l’équilibre du monde.
Voici l’histoire oubliée d’une elfe solitaire et énigmatique… qui transporte des coffres sur son dos.
Un drôle de travail
Avis à tous les fans de fantasy, RPG et jeux de rôle, cette série est faite pour vous. River Slan part d’un postulat de départ qui peut sembler loufoque et qui, pourtant, répond à une question qui a toujours pu nous trotter dans la tête : comment sont arrivés ces coffres que l’on trouve dans tous les donjons ? A travers cette interrogation, il nous raconte le parcours de cette elfe mystérieuse qui erre de dédale en dédale dans l’unique but de poser ces précieux trésors pour les futurs aventuriers. Un “travail” pour le moins unique, mais qui permet aussi à la série de donner une impression de visiter les coulisses d’univers que l’on pensait connaître par cœur.
Cela donne une atmosphère singulière et fascinante à Dungeon Elf où l’on prend plaisir à accompagner notre protagoniste dans sa routine qui est loin d’être aussi simple qu’on pourrait le croire. Car même si elle vient juste déposer les coffres tant convoités, il lui faut aussi affronter les nombreux dangers qui résident dans chaque lieu qu’elle visite. C’est une aventure où la contemplation croise l’action pour un résultat spectaculaire. On est autant intrigué de découvrir ces nouveaux paysages en compagnie de cette elfe que de la voir faire étalage de sa puissance face aux pires monstruosités qui vivent dans l’ombre. Le mangaka offre une virée dépaysante où l’évasion ressentie vient se confronter à notre curiosité quant aux zones d’ombre entourant cette femme bravant tous les dangers.
Un voyage éternel
S’il y a bien une chose qui saute aux yeux quand on se lance dans Dungeon Elf, c’est le trait somptueux du mangaka. Silver Plan ne se contente pas de donner vie à ce voyage au sein de tous ces donjons. Il parvient à créer une esthétique envoûtante où l’on va s’arrêter sur chaque planche afin de décortiquer chaque petit détail. C’est une véritable leçon de dessin que l’on va suivre tout au long du manga. Rien que dans les doubles-pages, la série se montre généreuse et permet de créer un réel sentiment de voyage tout au long de la lecture. On en prend plein les mirettes tandis que l’on progresse dans chaque zone en compagnie de notre “guide”.
Ce qui fait que même si l’action est bien présente, ce titre se veut avant tout comme une invitation à l’exploration et à la contemplation de tout ce que peut offrir ce monde. Même dans le design des divers monstres qui vont croiser la route de notre poseuse de coffres, il y a une grande diversité qui s’exprime. On peut à la fois être terrorisé et envoûté par tout ce qui les caractérise. C’est là aussi où Dungeon Elf se démarque grandement. Son objectif n’est pas d’aller d’un point A à un point B puisqu’il n’y a pas tant de finalité à la quête de la protagoniste. Il s’agit surtout de son job et elle profite de celui-ci pour nous inviter à parcourir ce monde à ses côtés peu importe le temps que ça prendra. Une parfaite représentation de l’importance du voyage en lui-même plus que de la destination.
Un hommage à la fantasy
Dungeon Elf, en plus d’être une épopée rafraîchissante, s’inscrit aussi comme un véritable hommage au fantastique sous toutes ses formes. Cela passe par de nombreuses références qui vont avoir plus ou moins d’impact sur ce que l’on va vivre. Silver Plan n’hésite pas à s’inspirer de certains grands noms pour sublimer son récit et en même temps faire un petit clin d'œil à tous ces artistes qui ont façonné son style. Ne vous étonnez donc pas si au détour d’un donjon, vous découvrez une créature semblant sortir d’une œuvre de Lovecraft. Pareil pour un certain dédale qui pourrait vous étonner en jouant sur l’une des nouvelles de Junji Ito.
Chaque volume est l’occasion de s’émerveiller, mais aussi de jouer avec nos connaissances de la pop culture sous toutes ses formes. Surtout qu’il ne s’agit pas ici de simplement jouer sur l’aura entourant toutes ces figures légendaires du monde de l’imaginaire, mais de délivrer une lettre d’amour à la créativité de ces artistes. Un périple qui n’est pas juste plaisant à suivre, mais qui nous rappelle aussi à quel point la fiction peut façonner et enrichir notre esprit. En observant ces magnifiques paysages, c’est aussi un regard plein de tendresse que l’on porte sur toutes ces histoires qui ont pu nous accompagner et continueront à nous faire rêver.

